Les 10 conseils de Jack London

16.06.2022

Tout d’abord, qui est Jack London ? Spécialisé dans des romans empreints d’aventure et de nature sauvage, l’auteur prolifique aux œuvres reconnues, inspiré de sa propre expérience sur les routes du monde, a eu une carrière d’écrivain complète parsemée de succès. L’appel de la forêt (1903), Croc Blanc (1906), Martin Eden (1909), Le Vagabond des étoiles (1915), La Petite Dame dans la grande maison (1916) … Né en 1876, l’autodidacte américain, issu d’un milieu très populaire, fut contraint de quitter l’école tôt pour subvenir à ses maigres besoins. Jack London a connu la pauvreté extrême. C’est ainsi que sans étude, sans mentor, sans réseau, sans argent et contre l’avis véhément de son entourage, Jack London s’est lancé dans l’écriture. Un pari risqué mais haut combien réussi. En 2018, The Ranker lui accorde le rang de 8e meilleur auteur américain de tous les temps et L’appel de la forêt est élu 5e meilleur roman nord-américain de tous les temps.

Et pourtant, avant d’être reconnu dans son domaine, Jack London est passé par une succession de difficultés. En 1980, l’auteur témoigne de sa carrière aux multiples rebondissement et prodigue de nombreux conseils dans le recueil Profession : écrivain. L’objectif de cet article est de vous faire part de ses conseils avisés. Les dix conseils présentés ci-dessous sont triés par ordre de priorité. Certains sont en corrélation avec d’autres.

Pour ceux qui préfèrent le format vidéo, voici le résumé des 10 conseils de Jack London.

  1. Lire et étudier tout au long de la vie

Être écrivain veut dire être un lecteur. Lire permet de connaître et de s’inspirer des principes et succès des écrivains professionnels. Que ce soit dans la rédaction, la construction des phrases, l’imaginaire, le scénario… Lire est primordial. Un écrivain qui ne lit pas ne sera jamais un bon écrivain. Chaque livre lu est un apprentissage.

 « J’ai appris à lire et à écrire vers ma cinquième année, bien que je ne me rappelle pas comment cela s’est passé. Il me semble que j’ai toujours su lire écrire, et n’ai aucun souvenir antérieur. Selon mes parents, j’ai insisté pour qu’on apprenne. J’étais un lecteur omnivore, surtout parce que les choses à lire étaient rares, et j’acceptais avec reconnaissance tout ce qui me tomber entre les mains. »

Si vous avez des moyens modestes, il suffit d’emprunter des livres à la bibliothèque ou d’acheter des livres d’occasions. Aussi, lire sur liseuse permet d’acheter des livres à moitié prix. Il faut toujours avoir un livre sur soi : dans les transports en commun, sur la plage, à la poste… Ainsi, vous pourrez lire en tout temps. Jack London a commencé à travailler à neuf ans sur les quais de la baie de San Francisco. Déjà à cet âge, il avait toujours un livre sur lui.

Tout au long de sa vie, il s’est cultivé dans des domaines variés qui éveillaient son intérêt. Avant de s’endormir, Jack London lisait. Ce fut une routine qui la suivit toute sa vie.

Conseil : au lieu de regarder Netflix, lisez des livres !

Connaître l’état de la littérature de son époque est la première condition du succès. Lisez les auteurs à succès ! Leurs parcours indiqueront la voie à suivre. S’imprégner des meilleurs pour devenir le meilleur. C’est pourquoi, il est primordial de choisir ses lectures avec discernement :

« Apprenez à parcourir judicieusement. […] Lisez ce qu’il y a de meilleur, et seulement ce qu’il y a de meilleur. »

2. Être discipliné

« Ne flânez pas en sollicitant l’inspiration ; précipitez-vous à sa poursuite avec un gourdin, et même si vous ne l’attrapez pas vous aurez quelque chose qui lui ressemble remarquablement bien. Imposez-vous une besogne et veillez à l’accomplir chaque jour ; vous aurez plus de mots à votre crédit à la fin de l’année. »

Écrire est un métier comme les autres, dont l’homme est contraint de se plier à la discipline.

La régularité est une nécessité. Jack London recommande d’écrire 1000 mots par jour. En dessous de ce volume, les choses n’avancent pas assez vite. Au-dessus, la qualité de la production littéraire baisse rapidement.

Il faut écrire tous les jours. TOUS LES JOURS.

Livre après livre. Il est préférable de se concentrer sur une seule histoire à la fois. L’américain propose une méthode précise : noircir 1000 mots par jour pendant 60 jours. Ensuite, pendant le troisième mois, l’auteur se repose :

« Qu’il déclare une trêve de trente jours, qu’il emploie ce temps à récupérer, à étudier, à incuber, à dresser un plan, à méditer sur ses propres faiblesses, et à se mesurer avec ceux qui portent la marque de l’approbation du monde. »

L’écrivain doit être capable de prendre des notes n’importe où, n’importe quand. Il doit toujours avoir sur lui un carnet de notes.

« Ayez un carnet de notes. Voyagez avec lui, mangez avec lui, dormez avec lui. »

L’écrivain, pour assurer sa productivité, se doit d’être en bonne santé. C’est primordial.

 

3. Travailler comme un fou

Jack London croit uniquement au travail acharné. Pour lui, le talent littéraire n’existe pas.

« Le travail est tout ; c’est la sanctification et le salut. […] Écrivez ce mot en majuscules, TRAVAIL, TRAVAIL tout le temps. »

Pour décupler sa capacité de sacrifice, Jack London parle de deux facteurs :

– La pauvreté
– La notoriété

« La pauvreté m’a stimulé. J’ai eu la très grande chance d’éviter que la pauvreté ne me détruise. »

Il a été contraint d’accepter, ponctuellement, divers jobs mal payés et très fatigants pour continuer de suivre son ambition. D’ailleurs, il parle de cette expérience à travers son ouvrage Martin d’Eden (que je vous recommande vivement). Jack London conseille de ne pas quitter son emploi pour se consacrer à la littérature mais de le faire en parallèle (le matin ou le soir). Cependant, si vous n’avez personne à charge et des économies, c’est envisageable.

Le fait de ne pas avoir eu pendant longtemps de notoriété a fait de lui un travailleur acharné. Les éditeurs, encore aujourd’hui, prennent peu de risques et privilégient les auteurs qui ont « un nom », une base de lecteurs fidèles. En tant que débutant, vous devez proposer un livre d’une qualité supérieure.

Autre argument, Le travail doit être perçu comme une vocation. Le travail est l’ingrédient primordial du succès.

« Les grands hommes dans le monde le sont devenus parce qu’ils avaient quelque chose à faire dans le monde, et qu’ils l’ont fait ; parce qu’ils travaillaient assidûment et énergiquement, se perdaient dans leur travail, jusqu’au jour où ils ont été tous surpris de voir les honneurs tomber dru sur eux, et leur nom sur toutes les lèvres. »

4. Écrire en partant des lecteurs

Il y a une différence fondamentale entre écrire pour gagner sa vie et écrire pour le plaisir. L’écriture est une activité commerciale.

L’écrivain doit écrire ce qui se vend. Si vous vous spécialisez dans la poésie, ne vous attendez pas à faire fortune.

« Les valeurs les plus profondes de la vie sont aujourd’hui exprimées en argent [donc] il est tout à fait normal que la littérature s’évalue en argent. »

« Si vous vous proposez d’écrire pour avoir du succès et gagner de l’argent, vous devez mettre sur le marché des productions commerciales ».

La fiction est ce qui se vend le mieux.
D’après Jack London, la fiction doit être inspirée de la réalité. Il estime que 90% de ses histoires sont fondées sur une expérience vécue. Même si la réalité dépasse la fiction, il doit l’atténuer pour la rendre crédible.

Le réalisme est son moteur.

Jack prône une narration à la première personne avec des personnages à la psychologie développée.

L’histoire doit miser sur le tragique et le terrible. Il faut réveiller la peur primale des lecteurs engourdis par le confort de la société.

La fin doit bien finir (Happy End).

L’auteur doit prendre en compte l’inculture des lecteurs. Rien ne sert d’utiliser des mots que les lecteurs ne connaissent pas. Comme l’explique Jack London, si la culture athénienne était si élevée c’est parce que dix esclaves en moyenne délestaient le citoyen des nécessités de la vie quotidienne. Or, le monde de l’esclavagisme est révolu. Les gens ont moins de temps.

Jack London a prédit l’importance et le potentiel du cinéma dans les années futures. L’aspirant écrivain aura des opportunités dans l’écriture de scénarios.

5. Commencer petit

L’écrivain en herbe ne doivent pas chercher à écrire un classique mais travailler avec humilité pour améliorer sa plume. C’est à force d’écrire que l’on devient écrivain. C’est un marathon et non un sprint.

De son temps, Jack London avait deux possibilités :

–  Première option : écrire directement un roman à succès

– deuxième option : se démarquer avec un excellent travail pour le compte des magazines

Jack London choisit la deuxième option afin de « gagner » sa vie. Il a commencé à accomplir beaucoup de « besogne littéraire ».

Pour progresser, il participait à des concours littéraires. Les victoires lui donnaient espoir et confirmaient sa motivation.

6. Persévérance

Il faut viser la perfection et ne jamais abandonner. Le débutant ne doit pas hésiter.

À ses débuts, Jack London n’arrêtait pas d’écrire. Il essuyait refus sur refus, au point qu’il n’avait plus de timbres pour envoyer ses ouvrages, jusqu’au jour où un rédacteur en chef a répondu positivement.

L’aspirant écrivain doit accomplir l’impossible. Il doit multiplier les travaux de très bonne qualité malgré les rejets successifs.

« Celui qui n’est pas satisfait est le seul à faire des choses. Celui qui est satisfait ne fait rien. L’absence de satisfaction est le stimulant de la réalisation. La satisfaction est la destruction et l’antichambre de la mort. »

Il faut toujours plus. Aller plus loin. Enchaîner les travaux.

Cette persévérance se retrouve dans tous les domaines : sportif de haut niveau, businessman, auto-entrepreneur…

Afin de préserver cette persévérance, Jack London conseille de travailler sans relâche pendant 60 jours et de se reposer pendant 30 jours et ceux, pendant 5 ans. Au bout de ces cinq années, le travail paiera.

Jack London a décrit sa persévérance surhumaine dans son roman autobiographique Martin Eden :

« Il n’existe qu’une seule façon de débuter, c’est de commencer un dur travail, avec patience, prêt à toutes les déceptions éprouvées par Martin Eden avant qu’il ne réussisse — qui furent les miennes avant que je ne réussisse — parce que je me suis contenté d’attribuer à mon personnage de fiction, Martin Eden, mes propres expériences dans la carrière des lettres. »

7. Écrire simplement

« Le fait d’avoir à dire quelque chose de nature à intéresser les autres ne vous dispense pas de faire l’effort de l’exprimer par les meilleurs moyens et dans la forme la plus agréable possible. »

L’apprenti écrivain doit travailler son expression. L’histoire d’un roman ne fait pas tout, le style est important.

La qualité de l’écriture découle de celle de la pensée : « Si votre expression est faible, c’est que votre pensée est faible ; si elle est étriquée, c’est parce que vous êtes étriqué. »

L’amélioration du style passe donc par celle de la pensée. D’où l’importance de LIRE.

Cependant, il faut partir de ce que veut le public. N’écrivez pas pour vous mais pour vos lecteurs. Jack London connaissait le marketing avant que cela n’existe !

Que demande le lecteur d’aujourd’hui ?

– que l’auteur entre rapidement dans le vif du sujet
– que l’histoire ne foisonne pas de détails superflus
– que le lecteur use de son imagination
– que l’on lui épargne les digressions philosophiques / morales bas de gamme

« Le lecteur n’est pas un enfant. Il éprouve du plaisir à bâtir tout le tableau en partant de ce seul mot, et il est transporté d’enthousiasme s’il le bâtit par son seul effort. […] Ils ont passé l’âge du jardin d’enfants ; ils peuvent penser par eux-mêmes. Fournissez-leur l’essentiel, dépouillé, et ils se chargeront du reste. Ils peuvent penser plus vite qu’ils ne lisent le texte imprimé de l’écrivain, et ils sont pressés. »

Les énormes romans du genre Les Misérables (1300 pages) ne sont plus d’actualité. Désormais, les romans modernes font entre 40 et 60 000 mots, de telle sorte qu’ils peuvent être lus d’une seule traite.

« La tendance des phrases est depuis longtemps dans le sens de la brièveté et de la précision. Les hommes d’aujourd’hui veulent lire des textes non seulement concis mais compacts, nerveux, incisifs, précis. »

Les longues phrases ne sont plus envisageables et le pléonasme est à proscrire. Il faut désormais limiter le nombre de mots par phrase.

Voici quelques règles intemporelles :

  • Diversifier le vocabulaire afin d’éviter les répétitions ;
  • Varier les structures de phrase ;
  • Faire l’effort de chercher des images ;
  • Réaliser les omissions avec finesse.

Jack London écrit en deux étapes :
Dès le début, il réalise un ouvrage avec un niveau de qualité élevé. Il rédige lentement.
Ensuite, il corrige son premier jet afin de finaliser son roman.

8. Être écrivain, c’est avoir une philosophie de vie

Être écrivain ce n’est pas juste avoir de l’imagination. C’est puiser dans sa propre expérience, dans une réalité vécue et factuelle.

Un grand écrivain a sa propre manière de voir le monde. Il laisse son empreinte. Certes, de manière subjective, pas forcément enseignable mais ses œuvres produisent un élargissement de la conscience du lecteur.

Son jugement personnel constitue le fil conducteur de son œuvre.

Comment l’écrivain développe sa « philosophie de vie » ?

Il doit se cultiver dans tous les domaines, afin d’élargir ses perspectives.

Afin d’être renommé, l’écrivain doit dire la vérité sur l’époque, mouler les faits essentiels dans une œuvre durable afin de lui donner une portée universelle.

La philosophie de la vie donne à la fiction un supplément d’âme.